EDITORIAL

Chaque fois que le terrorisme frappe dans le monde et que des vies innocentes sont perdues, chacun se demande au nom de quelles injonctions islamiques les auteurs prétendent justifier leurs actes. De plus en plus, les gens s’indignent des raisonnements aberrants invoqués par les auteurs des attentats pour tuer des êtres humains, détruire des patrimoines culturels ou anéantir des infrastructures économiques.

Les analystes se posent quotidiennement plusieurs questions : Qui sont les terroristes ? Qui les finance ? Quels sont leurs motivations ? Quelles sont leurs forces et faiblesses ?comment combattre efficacement ce fléau ?. Ces trente dernières années ont vu une prolifération des organisations se réclamant de l’islam qui se livrent à une guerre autoproclamée contre les autres qu’il s’agisse de pays étrangers, de leurs propres pays, voire des membres d’autres groupes religieux ou ethniques ne partageant pas les mêmes .

Ce dévoiement résulte d’une incapacité à comprendre le Coran dans le contexte voulu et du refus d’assortir la lecture du Coran de celle des dits et actes du Prophète (saws), ou hadith. Les éminents juristes musulmans des 8e et 9e siècles qui ont fondé les cinq écoles de jurisprudence r – hanafite, hanbalite, shaféite, malékite et Jaafarite – affirment tous que les musulmans ne sauraient faire la guerre sans qu’un Etat ou un gouvernement sanctionne cette démarche. Leur argument est conforme au dit du Prophète (saws) : “Le commandant (des musulmans) n’est qu’un véritable abri (pour eux). Ils combattent derrière lui.« . Donc les savants chiites et sunnites sont formels dans leur écrasante majorité que le terrorisme est contraire aux valeurs de l’islam. Il y a une logique derrière ce précepte. Si chaque musulman avait le droit de faire la guerre pour son propre compte, les musulmans iraient en ordre dispersé, sans aucune autorité pour les lier entre eux. Il en résulterait le chaos et l’anarchie, c’est-à-dire le contraire même de l’esprit de l’islam.

Le Coran dit bien : “Et ne semez pas la corruption sur la terre après qu’elle ait été réformée”.(7.56). L’autorité d’un Etat est nécessaire, non seulement pour maintenir l’ordre à l’intention des musulmans, mais aussi en raison de l’importance et du poids des pactes en islam. Le Coran prescrit que, là où il existe un traité de paix entre une nation musulmane et un pays non musulman, la première ne doit pas déclarer la guerre au second, même pour aller au secours de musulmans qui y seraient opprimés: “[…] vous ne serez pas liés à eux, jusqu’à ce qu’ils émigrent. Et s’ils vous demandent secours au nom de la religion, à vous alors de leur porter secours, mais pas contre un peuple auquel vous êtes liés par un pacte”. (8.72) . C’est pourquoi une étude objective de l’histoire de l’islam nous permet d’affirmer qu’aucune guerre menée par le prophète n’était agressive .Il recourait toujours à des méthodes pacifiques et n’avait jamais été le premier à attaquer.

Le Coran affirme : »Dieu ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Dieu aime les équitables. Dieu vous défend seulement de prendre pour alliés ceux qui vous ont combattus pour la religion, chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion. Et ceux qui les prennent pour alliés sont les injustes. » (60.8-9). S’il est reconnu de tous que le phénomène du terrorisme est particulièrement néfaste, il est à remarquer que la « guerre » que certaines puissances prétendent mener aujourd’hui contre le terrorisme est triplement trompeuse. D’abord en ce qu’elle n’identifie pas adéquatement ce qu’est le terrorisme ni son extension .

Ensuite, parce qu’elle ne va pas à la racine du mal et utilise donc les mauvaises armes pour en triompher .Et finalement, parce que l’éradication du terrorisme, qui devrait être une fin en soi, est instrumentalisée par des intérêts qui veulent y voir une guerre et une guerre comme les autres. Il se verse aujourd’hui bien du sang et de larmes parce que cette « guerre » au terrorisme est menée de façon remarquablement inadéquate. Il faut un diagnostic intelligent et honnête de ce phénomène et de la nouvelle forme qu’il revêt pour pouvoir lui donner la réponse qu’il mérite.

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