La stratégie saoudienne au Liban pour faire taire les voix critiques

Ne pouvant assumer les critiques émises à son encontre au Liban, où elle œuvre d’arrache-pied pour imposer son emprise, l’Arabie saoudite prépare sa revanche.

Elle dispose de moyens considérables que lui procurent ses rentrées pétrolières ainsi que l’expérience qu’elle a accumulée via la propagation du wahhabisme pendant des décennies, estime le site libanais d’informations Lebanon debate.

Elle a entre autre une armée de journalistes qui lui vouent leurs services en échange d’émoluments bien généreux. Et puis il y a aussi son représentant au pays des cèdres, le chargé d’affaires de son ambassade Walid al-Boukhari.  Celui-ci s’est fait remarquer par ses activités et ses rencontres dans le monde politique libanais.
Pour les observateurs qui suivent de près la stratégie du royaume wahhabite au Liban, il est clair qu’une nouvelle est mise en place, dans le but de faire face à la montée de l’hostilité à son encontre. Sa popularité au pays des cèdres a pris un coup important en raison de la guerre barbare qu’elle mène contre l’un des pays les plus pauvres de la planète, le Yémen, et depuis aussi la détention du Premier ministre  libanais Saad Hariri l’an dernier.

« L’Arabie semble vouloir mettre la main sur la justice libanaise dans le but de faire taire tous ceux qui la critiquent », appréhende Lebanon debate dans un article publié le lundi 27 aout dernier.

Des sources informées lui ont fait état d’un rapport rédigé par M. Boukhari avec la participation de planificateurs de la politique saoudienne et dont une copie a été envoyée à Riyad pour obtenir un feu vert pour sa  mise en exécution. Il préconise l’édification d’une relation avec le corps juridique libanais à deux niveaux : en se rapprochant d’un certain nombre d’avocats et hommes de loi, et en tissant des liens avec des juges aux qualités biens précises appréciées par les saoudiens.

Ainsi, l’ambassade compte porter plainte contre les hommes politiques qui s’avisent de la critiquer. A vrai dire, au Liban, ils ne sont pas nombreux. A leur tête le secrétaire général du Hezbollah sayed Hassan Nasrallah qui a été le premier à franchir la ligne rouge que l’Arabie saoudite avait instaurée au Liban, en la critiquant ouvertement, surtout depuis sa guerre contre le Yémen.

Risquent d’avoir un sort similaire les journalistes auteurs d’articles critiques à l’encontre de Riyad. Le journaliste Hussein Mourtada, et correspondant de la télévision iranienne arabophone al-Alam a été convoqué par la justice libanaise pour avoir critiqué le rôle saoudien au Liban. Lors d’un entretien avec la télévision Al-Manar, il a aussi reproché à certains juges et agents de sécurité de se plier aux pressions externes.

Selon Lebanon debate, le juge d’instruction pour le nord du Liban Dani Al-Zogbi a publié sur Instagram une photo de lui en présence du diplomate saoudien al-Boukhari, commettant une entorse à la séparation entre les pouvoirs juridique et politique.

« Il revient au ministère de la justice et des Affaires étrangères de contrôler respectivement les exactions commises par le juge libanais et le chargé d’affaires saoudien et interroger ce dernier sur ses activités louches au Liban », estime le site libanais.
« Tous deux sont en hibernation », déplore-t-il, craignant  par-dessus tout que les Libanais ne soient obligés de compter jusqu’à mille avant de critiquer l’Arabie.