La « bombe iranienne » contre l’Amérique?

Les États-Unis de Trump se sont retirés le 10 mai dernier de l’accord nucléaire qu’ils ont signé en 2015 avec l’Iran. Des analyses vont bon train au sujet des motifs politiques qui auraient poussé le président US à prendre une mesure aussi automutilante pour l’image et le crédit des Américains à qui personne ne pourra plus faire confiance.

Mais la vraie explication de cette décision pourrait être plus économique que politique. Dans la guerre sans merci que mène l’Iran depuis 40 ans contre l’impérialisme américain avec ses multiples prolongements, il y a un front dont Washington a peur plus que tout autre : l’omnipotence du dollar.

Donald Trump ne cesse d’accuser l’Iran de déstabiliser la région voire de chercher à se doter de l’arme nucléaire, bien que le monde entier le contredise. À vrai dire, cette « bombe iranienne » existe. Elle est celle que l’Iran a fait déjà exploser sous la présidence Ahmadinejad en excluant le dollar de ses transactions commerciales, un mouvement qui tend désormais à se généraliser en impliquant la Chine, la Russie, le Venezuela, voire la Turquie. Or le PGAC que les Américains ont déchiré sous les yeux du monde allait précipiter cet effondrement.

Comment ?

Au lendemain de la Révolution islamique de 1979, Washington a gelé les actifs de l’Iran détenus dans les banques US. Depuis lors, les États-Unis conservent entre 100 et 120 milliards de dollars d’actifs iraniens, qui ont généré des intérêts. Après la signature de l’accord nucléaire, qui stipulait la levée des sanctions contre l’Iran, Washington a fait de son mieux pour se débarrasser de ces actifs, mais ils auraient dû être rendus à l’Iran d’une façon ou d’une autre à moins que les États-Unis ne s’en retirent. C’est désormais chose faite.

Le turbulent président US, qui dit n’avoir peur de rien, a effectivement été pris de panique : les actifs iraniens gelés étant libellés en dollars, Trump et sa bande néoconservatrice savaient éminemment que la première réaction iranienne, une fois les actifs restitués, consisterait à les convertir dans une autre devise. Cette mesure est d’ailleurs prévue par la loi iranienne.

Une liquidation soudaine des avoirs iraniens libellés en dollars aurait creusé un trou irréparable dans le système dollar, qui dépend de sa capacité à vendre d’énormes quantités de bons du Trésor américain sur le marché international. La liquidation iranienne des actifs en dollars serait arrivée à un moment où les États-Unis ont un besoin urgent d’acheteurs étrangers de leur dette, alors que la demande est faible et la liquidité à son plus bas historique.

Cela aurait suffi à déclencher une ruée sur le dollar américain, avec en toile de fond la vente massive de bons du Trésor. L’effondrement de tout le système, qui permet aux États-Unis de faire les poches du reste de la planète en l’obligeant à racheter continuellement sa dette, n’aurait donc pas tardé. La décision de Trump de se retirer de l’accord nucléaire n’est ni plus ni moins qu’une grotesque fuite en avant. Mais jusqu’où l’homme d’affaires saura-t-il retarder l’inévitable ?